34.000 soldats américains
reposent en Lorraine

Les cimetières militaires américains de nos régions,
un lieu d'Histoire pour ne jamais oublier

Au prix de leur vie, ils ont combattu le nazisme pour nous offrir la paix et la liberté. Plus de 34.000 soldats américains reposent dans les cimetières américains de Lorraine. De Saint-Avold à Epinal-Dinozé, de Romagne-sous-Montfaucon au Saillant de Saint-Mihiel et même jusqu'aux confins du Doubs, ces nécropoles sont de moins en moins visitées alors que leur mission doit permettre de perpétuer le souvenir.


Le cimetière militaire
de Saint-Avold
Plus vaste nécropole
militaire américaine
de la Seconde Guerre mondiale en Europe


Derrière les grilles du cimetière militaire américain de Saint-Avold, respectivement décorées d’un aigle en bronze, avenue Fayetteville, serpente une allée bordée de majestueux tilleuls qui mène au bâtiment d’accueil. Rien n’indique l’existence de sépultures. Le visiteur doit s’avancer jusqu’au parvis de la chapelle-mémorial pour embrasser d’un regard l’ensemble du paysage. Du sommet de l’escalier principal, la vue est saisissante, jusqu’au vertige : une dizaine de milliers de croix blanches en marbre de Lasa sont alignées dans une symétrie parfaite sur neuf parcelles autour d’un axe central. Témoignages silencieux d’autant de vies tombées au combat dont la mémoire est préservée dans le plus vaste cimetière militaire américain de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

Édifiée sur un ancien terrain de manœuvre de l’armée française, la nécropole s’étend sur plus de 46 hectares où de majestueux arbres veillent sur le repos des morts. Le sol est français mais la gestion et l’entretien du lieu ont été cédés à perpétuité à la commission américaine des monuments de guerre (ABMC).


" Le respect d'une promesse "

Ce cimetière américain, comme tous les autres, « c’est le respect d’une promesse » que le général John Pershing, premier président de l’ABMC créée en 1923, avait faite aux familles après la Première Guerre mondiale « d’entretenir les sépultures des leurs au plus haut niveau, à perpétuité », précise Valérie Muller, assistante de direction et guide depuis 14 ans. Celui qui avait dirigé le corps expéditionnaire américain durant la Première guerre mondiale avait dit : « Le temps ne ternira pas la gloire de leurs actions. »

Valérie Muller

Valérie Muller

« Un cimetière conçu pour impressionner »

« La conception architecturale du cimetière est faite pour émerveiller, et surtout aussi pour surprendre et impressionner à la fois les pèlerins qui sont de moins en moins nombreux, les touristes et les gens de la région », souligne Pascal Flaus, président de la Société d’histoire du Pays naborien qui a consacré en 2017 le seul ouvrage jamais édité sur la nécropole.

« A chaque visite du cimetière, quand on est devant cet ensemble de tombes, on est saisi et ça, c’est voulu, dit-il. C’est conçu de telle manière que la mort est cachée dans un premier temps. Quand on rentre, on voit de beaux arbres. On a le bâtiment d’accueil des visiteurs. On va un peu plus loin. On voit cette chapelle. On ne voit toujours pas les sépultures. Et brusquement, on a ce parterre devant soi où l’on a toutes ces tombes, on ne peut être que surpris, ému. »

Les sépultures

La nécropole compte au total 10 487 sépultures dont une tombe multiple qui contient trois corps. Celle-ci est reconnaissable entre toutes car c’est la seule qui présente une plaque en bronze au sol. Les trois soldats faisaient partie du 155e escadron photo (dixième groupe de reconnaissance). D’après Valérie Muller, leur avion s’est écrasé contre une colline le 4 novembre 1944 alors qu’il y avait un fort brouillard dans les environs de Nancy. L’appareil a explosé et lorsqu’ils ont été retrouvés, il a été impossible de les identifier. Les familles ont alors fait le choix de les laisser tous les trois dans le même cercueil.

Jusqu’à octobre 2017, 10 489 militaires et civils étaient inhumés dans le cimetière. Il en reste aujourd’hui 10 481 car huit des 151 soldats inconnus enterrés sur le site ont été exhumés et sont en cours d’identification dans des laboratoires d’analyse. Des soldats inconnus qui « touchent » vivement la directrice adjointe Kelly Carrigg, nouvellement arrivée. Ces hommes « n’ont pas été identifiés, rappelle-t-elle, mais ils ont toute leur place aux côtés de leurs sœurs et de leurs frères d’armes. » A la mémoire de ces inconnus, sont ainsi gravés sur chacune des croix blanches ces mots : « Ici gît dans l’honneur et la gloire un camarade d’armes connu de Dieu seul ».


Deux cent deux stèles sont couronnées de l'étoile de David pour les soldats de confession juive et sous les croix latines, reposent des Américains de toutes les autres religions. Y sont notamment inscrits les prénoms et noms des défunts, leur division, l’État dans lequel ils ont été enrôlés et la date de leur décès. Parmi eux, figurent 11 femmes, pour la plupart infirmières, mortes de maladie ou d’accident. A 30 reprises aussi, deux frères sont enterrés côte à côte.

Engagés dans la libération de l’Europe, les soldats sont tombés, pour la plupart entre 1944 et 1945, « entre la région de Reims, la Lorraine, le sud de l’Allemagne et la Tchécoslovaquie », précise Valérie Muller. Les GI’s sont majoritairement décédés dans les combats de la vallée du Rhin en Allemagne, lors de la bataille des Ardennes et quelques-uns (moins d’une centaine) sont morts dans le Pays naborien, selon Pascal Flaus. 

Les plus jeunes, enterrés dans le cimetière, avaient 19 ans et les plus âgés, une quarantaine d’années, selon Valérie Muller. Les plus hauts gradés (au nombre de deux) étaient lieutenants colonels et cinq des défunts se sont vu décerner la Médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire américaine.


Le belvédère

A l’extrémité est de l'espace où les soldats sont inhumés, se dresse un belvédère monumental. Depuis ce promontoire en pierre d’Euville, la vue s’étend sur tout le cimetière. Au sommet de la butte dominée par un aigle, on peut lire sur deux pylônes les inscriptions : « A ces hommes, nous devons le serment solennel que la cause pour laquelle ils sont morts vivra à jamais » et « Après leur passage par le tombeau et la porte de la mort, puissent-ils parvenir à la joie de la résurrection »

Une plaque en bronze indique également que le cimetière a été édifié sur un ancien terrain de manœuvre de l’armée française. « Le 21 août 1939, le 18e régiment de chasseurs à cheval quitta cet emplacement pour prendre position à la frontière allemande, peut-on y lire. Il fut ainsi la première unité de l’armée française à montrer la volonté des alliés à défendre la paix et la liberté. »


La chapelle-mémorial

Dans un bel équilibre, l’ensemble fait face à la chapelle-mémorial située à l’extrémité ouest de la nécropole. Sur le fronton de l’édifice en pierre d’Euville dont la porte est en bronze massif, une immense statue de Saint-Nabor, patron de la ville de Saint-Avold, bénit dans un geste les soldats. Au-dessus de cette représentation, plane un ange à la trompette, messager entre Dieu et les hommes.


De l’autre côté, sur la partie inférieure du bâtiment, se détachent le grand sceau des États-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire qui portent des branches de lauriers, signe de la fragilité de la paix.

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Saint-Nabor, patron de la ville de Saint-Avold

Saint-Nabor, patron de la ville de Saint-Avold

"La lutte éternelle pour la liberté"

"La lutte éternelle pour la liberté"

Carte des opérations militaires et mouvements des armées alliées du 6 juin 1944 au 8 mai 1945.

Carte des opérations militaires et mouvements des armées alliées du 6 juin 1944 au 8 mai 1945.

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Saint-Nabor, patron de la ville de Saint-Avold

Saint-Nabor, patron de la ville de Saint-Avold

"La lutte éternelle pour la liberté"

"La lutte éternelle pour la liberté"

Carte des opérations militaires et mouvements des armées alliées du 6 juin 1944 au 8 mai 1945.

Carte des opérations militaires et mouvements des armées alliées du 6 juin 1944 au 8 mai 1945.

A l’intérieur de la chapelle, le mur faisant face à l’entrée est décoré d’une allégorie intitulée « La lutte éternelle pour la liberté ». Cinq personnages y sont sculptés : le « Valeureux guerrier américain », au centre, est entouré du roi David, de l’empereur Constantin 1er le Grand, du roi Arthur et du premier président américain George Washington.

Les murs de la chapelle sont habillés dans la partie sud d’une carte en céramique vernissée. Elle présente des opérations militaires et les mouvements des armées alliées du 6 juin 1944 au 8 mai 1945. Un insert en bas décrit les interventions militaires de la Moselle au Rhin. Et sur le mur nord, six cartes en porcelaine émaillée décrivent les trois phases de la guerre en Europe et dans le Pacifique.

De part et d’autre des cartes sont suspendus deux drapeaux français et américain ainsi que 18 autres qui représentent les services de l’armée américaine, de l’aviation à l’infanterie en passant notamment par l’intendance et les aumôneries chrétienne et israélite.

Et de chaque côté de l’entrée, on peut lire l’inscription suivante en anglais et en français :

« Les États-Unis d’Amérique, fiers des exploits de leurs fils, humbles devant leurs sacrifices, ont érigé ce monument à leur mémoire. »

« A la chapelle, sont organisées des cérémonies privées, des petits concerts ou des dépôts de gerbes quand le temps ne le permet pas à l’extérieur », indique Valérie Muller.

(Sources pour l’intérieur de la chapelle actuellement fermée : « Le cimetière américain de Saint-Avold », Pascal Flaus, Editions des Paraiges)

Les murs des disparus

La chapelle-mémorial est encadrée de part et d’autre par deux grands murs des disparus où sont gravés les noms de 444 soldats dont les corps n’ont pas été retrouvés. A l’exception de 35 d’entre eux pour lesquels une rosette en bronze est présente à côté de leur nom. « Ceux-là ont été retrouvés, identifiés et enterrés aux États-Unis depuis la construction du cimetière puisque cela arrive que l’on retrouve encore des corps aujourd’hui », souligne la guide.

Devant chacun de ces murs, deux drapeaux américains flottent tous les jours.

Jeffrey Hays descend l'un des drapeaux

Jeffrey Hays descend l'un des drapeaux

Chaque matin, ils sont montés au sommet des mâts, avant d’être redescendus chaque soir. Et juste avant la fermeture à 17h, la sonnerie aux morts retentit en signe d’hommage aux défunts.

Symbole de force, emblème des États-Unis aussi fort que le drapeau américain, l’aigle (le pygargue à tête blanche) est représenté à plusieurs reprises dans le cimetière. Il domine le belvédère et apparaît sur les murs des disparus, à l’arrière de la chapelle, au sommet des mâts où flottent les drapeaux et sur le portail à l’entrée.

L’ornement végétal du cimetière

De majestueux arbres veillent sur le repos des morts. Parmi les essences présentes dans la nécropole, on peut admirer des féviers d’Amérique, des tilleuls, des hêtres, des érables, des sophoras, des chênes rouges d’Amérique et des chênes pédonculés.

Par ailleurs, sont plantés plus de 8 000 rosiers, dont les variétés vont de « jardin de France » à « xpert » en passant par « bingo », « carte blanche », « rosa rugosa » et « cherry bonica », selon le contremaître Christophe Caro. Différentes haies de taxus baccata (ifs), de hêtres et de fusain agrémentent le paysage ainsi que d’autres plantes telles que des hortensias, des hypéricums, des cotoneasters, des pervenches…

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Equipe espaces verts

Equipe espaces verts

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Le grand sceau des Étas-Unis et au-dessus, les trois anges de la Victoire

Equipe espaces verts

Equipe espaces verts


Une équipe de 22 personnes

Vingt-deux personnes dont 20 Français travaillent à plein temps au cimetière sous la houlette du nouveau superintendant Jeffrey Hays. La direction est toujours tenue par des Américains, en l’occurrence ce dernier et la directrice adjointe Kelly Carrigg. Il y a aussi Valérie Muller, assistante de direction et guide et Christophe Caro, contremaître, un assistant contremaître, 15 jardiniers, un mécanicien et un maçon.

Jeffrey Hays et Kelly Carrigg

Jeffrey Hays et Kelly Carrigg

Le travail de l’équipe « consiste à entretenir les croix : nettoyage, remplacement, ponçage, réparation… notamment les dommages causés par les corneilles grâce à un nettoyage avec de l’eau et une brosse classique », explique Christophe Caro. Il s’agit aussi d’entretenir le gazon (tonte, défeutrage, arrosage, épandage d’engrais…), de tailler le gazon au pied des croix, les haies et les diverses plantes, et d’entretenir les routes et les bâtiments. Le cimetière dispose de sa propre station de pompage d’eau.


Des visites toute l’année

Les visites ont lieu en toutes saisons. « En été, ce sont beaucoup de touristes, de passage à Saint-Avold. Puis à partir de septembre, des écoles viennent jusqu’au mois de juin pour des visites guidées, indique Valérie Muller. Mais même en hiver, nous avons des visites. Le cimetière est tellement beau sous la neige ».

Chaque année, la nécropole accueille entre 25 000 et 30 000 visiteurs de toutes nationalités (en premier lieu des Français, des Américains et des Allemands), selon la guide. Un nombre qui a décru au fil du temps. Pourtant le plus grand pour la guerre de 1939/1945, le cimetière ne bénéficie pas du même rayonnement que celui de Colleville-sur-Mer (Calvados), où sont enterrés près de 9 400 soldats américains. Face au débarquement allié et au début de la Libération, « le reste de l'Histoire a été un peu occulté », estime Valérie Muller.

Mais Pascal Flaus, président de la Société d’histoire du Pays naborien, auteur du seul ouvrage jamais édité sur le cimetière, avance une autre raison. « Nous allons nous replacer dans le contexte politique de 1960 », année où le cimetière fut inauguré le 19 juillet, dit-il.

« De Gaulle est président de la République française, et aux États-Unis, vous avez le président Eisenhower qui est sur le départ avec son vice-président Richard Nixon. Eisenhower vient en France début 1960 pour dire au revoir à De Gaulle parce que les deux personnages s’apprécient (…) Il retourne aux États-Unis et la situation commence à se dégrader au niveau diplomatique entre les États-Unis et la France au sujet de Cuba. » Paris « a une position relativement critique à l’égard de l’attitude des États-Unis vis-à-vis de Cuba. Le cimetière fait les frais de relations diplomatiques pas bonnes. Richard Nixon devait venir mais quand les autorités américaines ont appris que De Gaulle ne se déplaçait pas au cimetière américain, ils n’ont pas envoyé le vice-président. Donc, aucun des deux n’est venu et le cimetière actuel n’a reçu la visite d’aucun homme d’État. »


Une tête de pont dans l’amitié franco-américaine ?

Pour Valérie Muller, « il n’y a pas de symbole plus fort que cette nécropole. Une phrase dit : “Que peut-on offrir de plus beau que sa vie ?”, souligne la guide. Les soldats ont offert leur vie pour notre liberté, notre avenir. Cela prouve que la paix n’a pas de prix. C’est très fort parce que c’est toute une jeunesse qui, à l’époque, s’est sacrifiée pour que d’autres puissent vivre libres. C’est notre histoire commune, autant à nous qu’aux Américains. »

Kelly Carrig estime de son côté que « ce cimetière est important car il permet de s’assurer que l’histoire des soldats continue. Ils ne peuvent plus parler, relève-t-elle. Il est de notre responsabilité de poursuivre leur histoire en tant que témoins comme on passe une torche à une autre génération. Si personne ne peut expliquer ce qui est arrivé, leur histoire va disparaître avec le temps. (…) C’est aussi notre alliance (franco-américaine, ndlr) depuis 244 ans, ça continue. »

« L’on parle toujours d’une nation sans histoire » pour les États-Unis mais « ce qui me surprend toujours, c’est le patriotisme des jeunes Américains, souligne de son côté Pascal Flaus. Quand ils sont au cimetière, ils sont toujours saisis et beaucoup sont très très émus. »

Aux yeux de l’historien, cependant, « le problème, c’est que le cimetière est de moins en moins un lieu de pèlerinage. La mémoire de l’arrière-grand-père enterré à Saint-Avold s’estompe. Donc, il va falloir redéfinir en quelque sorte les missions » du cimetière afin de « faire perdurer le souvenir ». « Avec le nouveau superintendant, il faut que le cimetière s’ouvre encore plus vers les écoles qu’il ne l’a fait » et « être beaucoup plus présent dans la vie associative de la cité », considère ainsi Pascal Flaus. Le superintendant est « le gardien des lieux et le gardien de la mémoire » mais « cela va être à mon humble avis assez compliqué », dit-il. « Une fois que l’on a vu (le cimetière), on ne revient pas forcément ».

Un rôle essentiel  dans le devoir de mémoire

Pour le président de la Société d’histoire du Pays naborien, le cimetière pourrait « jouer un rôle essentiel » dans le devoir de mémoire. Il pourrait être « une tête de pont dans l’amitié franco-américaine, et entre Saint-Avold et Fayetteville. »


Une histoire de destins brisés

Depuis son arrivée au cimetière, Valérie Muller a amassé « des dossiers sur à peu près 400 soldats » mais « n’a trouvé de nombreux éléments qu’au sujet d’une bonne trentaine d’entre eux ». « C’est beaucoup de recherches, dit-elle. Je les fais par internet et quand les familles viennent visiter, elles nous donnent des documents, des photos, partagent l’histoire des défunts. Nous avons un stock d’archives. Je ne sais pas si je suis la mémoire du lieu mais je fais de mon mieux », sourit-elle. 

Voici, surgi du passé, le destin d’un infirmier américain qui repose à Saint-Avold après avoir, au péril de sa vie, combattu pour défendre la liberté. (Sources : « Le cimetière américain de Saint-Avold », Pascal Flaus, Editions des Paraiges)

Frederick Coleman Murphy (1918-1945), titulaire de la Médaille d’honneur

Né en juillet 1918 à Boston (Massachusetts), Frederick Coleman Murphy essaie de s’enrôler, après une carrière dans l’enseignement, dans les forces armées suite à l’attaque japonaise sur Pearl Harbour. Mais il essuie plusieurs refus pour raisons de santé. Il finit par être enrôlé en 1943 et accompagne en France, en tant qu’infirmier, en janvier 1945 le 259e régiment d’infanterie de la 65e division. Engagé début mars 1945 avec son régiment à Sarrelouis, il se distingue rapidement par son sens du devoir dans des combats qui durent deux semaines. Le 18 mars 1945, le 259e régiment d’infanterie connaît de lourdes pertes causées par des mines. Sans arme, Frederick Coleman Murphy assiste de nombreux soldats blessés. A l’occasion d’une de ses sorties, il est touché à l’épaule par un fragment de projectile de mortier, mais poursuit son travail d’infirmier. Le lendemain, il marche sur une mine qui lui arrache en partie un pied. En dépit de la douleur, il prodigue ses soins, d’un homme blessé à l’autre, et refuse d’être évacué. Il rampe vers un GI qui appelle à l’aide mais une deuxième mine le déchiquète. Il laisse sa femme qu’il avait épousée à l’automne 1939 et une petite fille née deux mois après son décès. Le Congrès saluera son « courage indomptable » et son « incontestable esprit de sacrifice et de dévouement » en lui attribuant la Médaille d’honneur à titre posthume le 21 février 1946.

(Sources pour ces biographies : « Le cimetière américain de Saint-Avold », Pascal Flaus, Editions des Paraiges)


Des programmes de parrainage de tombes

Plusieurs associations telles que France-États-Unis-Lorraine et Les portes de la mémoire ont ouvert un programme de parrainage de tombes, les personnes s’engageant à venir chaque année déposer des fleurs.


Quentin et Alandrah :
deux enfants main dans la main

Le Memorial day de 2004 à Saint-Avold a eu une saveur particulière pour Quentin Barré, natif de la région. Il avait alors 12 ans et avait été choisi parmi les Scouts de France pour représenter le pays à la cérémonie américaine. Avec un papa militaire et un grand-père Malgré-Nous (feu Joseph Birig, NDLR), le jeune garçon connaissait quelques pans de l’Histoire et de la Seconde Guerre mondiale. « Ma grand-mère me racontait aussi sa rencontre avec les libérateurs américains qui remontaient vers l’Allemagne et avec qui elle avait chanté et dansé », rapporte Quentin, aujourd’hui jeune directeur de cabinet de ressources humaines à Lille.

« J’avais aimé ce côté solennel et cérémonial », fait-il savoir.

En ce dimanche de commémoration des soldats morts au combat et inauguration d’un carillon, il tenait la main d’une petite Américaine de 9 ans, Alandrah Bailey, « la fille d’un militaire basé en Allemagne, se souvient Quentin. Elle était très émue et a beaucoup pleuré tout au long de la cérémonie. Moi aussi j’étais gagné par l’émotion, impressionné par la foule, par la présence de tous ces soldats américains et français, étonné d’entendre parler anglais autour de moi ». Les deux enfants étaient chargés de déposer une rose rouge sur l’autel de la chapelle-mémorial. Quentin gardera aussi en mémoire les milliers de petits drapeaux français et américains plantés au pied de chaque croix immaculée. « J’ai alors pris conscience qu’il existait un territoire américain en France, à Saint-Avold plus précisément. Que des jeunes soldats ont perdu la vie pour sauver la nôtre. Ce jour-là, je me devais aussi de leur rendre hommage.» Il y a quelques jours, Quentin Barré a retrouvé la trace d’Alandrah via Facebook. Elle serait domiciliée aux USA, à Kansas City. Peut-être se souvient-elle de ce petit Français qui lui tenait la main ce 30 mai 2004…


Du provisoire à l'inauguration
L'épopée du cimetière de Saint-Avold


Un cimetière militaire provisoire
à Saint-Avold en
1945

Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine dispose de 24 cimetières militaires provisoires en France dont un créé à Saint-Avold en 1945 par la 46e compagnie du service de l’enregistrement des sépultures.  Sur un terrain vierge au nord de Saint-Avold vers Carling (au sud-est de la nécropole actuelle, aujourd’hui lotissement des Coccinelles), les dépouilles des soldats sont enveloppées dans une toile et rapidement mises en terre sur un 1,50 m de profondeur, sans cérémonial. Les tombes sont identifiées par une croix de bois peint. Le 31 mars 1945, quinze jours après sa mise en service, le cimetière naborien compte déjà 1 667 Américains et 1 179 Allemands. Quelques mois plus tard, l’American Graves Registration Command-European Era (AGRC-EA) est chargée d’organiser le rapatriement des corps aux Etats-Unis et de créer des nécropoles pour ceux qui resteront enterrés en Europe. Au cimetière provisoire de Saint-Avold, reposent alors 16 000 valeureux soldats dont des dépouilles des cimetières de Limey (54), Andilly (54) et Hochfelden (67).

Le cimetière militaire américain provisoire de Saint-Avold en 1946

Le cimetière militaire américain provisoire de Saint-Avold en 1946

La construction du cimetière militaire actuel
de 1948 à 1960

La fermeture du cimetière provisoire le 15 février 1948 (accompagnée d’une bénédiction par l’abbé Georges Klein, archiprêtre de Saint-Avold) lance officiellement le chantier de construction de l’actuelle nécropole, à 150 m de là, sur 46 hectares. A l’époque, les autorités américaines imaginent même la construction d’un aéroport pour les familles outre-Atlantique qui viendraient se recueillir… Ces terrains ne sont pas des enclaves américaines mais des concessions perpétuelles soumises à la législation française.

Faute de prisonniers allemands libérés, l’ABMC emploie près de 200 travailleurs locaux pour ce vaste chantier. Des salariés soumis au code de justice américaine. Les plans du Lorraine American Cemetery and Memorial sont conçus par les architectes d’un cabinet de Philadelphie, Thomas Locraft et Frédérick Vernon Murphy. Ils doivent toutefois prévoir sur le site une chapelle non confessionnelle, un mur de disparus, les cartes du débarquement et des différentes batailles, une maison de visiteurs, un mémorial, des mâts pour le drapeau US, une dépendance pour l’entretien et une maison pour le gardien américain. A Saint-Avold, l’architecte Pierre-Edouard Lambert supervise les travaux. Le chantier de terrassement est estimé à 2,5 millions d’anciens francs. Les travaux de canalisations, allées, bordures, reconstruction de la chapelle-mémorial, statues sculptées, etc. prennent forme tout au long des années 50.

Des inaugurations en chaîne en 1960

L’inauguration du nouveau cimetière militaire américain à Saint-Avold le 19 juillet 1960 fait suite à cinq autres cérémonies identiques : Luxembourg le 4 juillet, Margraten au Pays-Bas le 7 juillet, Henri-Chapelle et Neuville-en-Condroz en Belgique les 9 et 11 juillet, Brest le 16 juillet. Suivront Carthage en Tunisie le 21 et Florence le 25 juillet, San Francisco le 29 novembre et Manille aux Philippines le 8 décembre. Le nombre de tombes dans les cimetières de la Seconde Guerre mondiale s’élève à 138 879 : Luxembourg 5 076 ; Margraten 8 301 ; Henri-Chapelle 7 989 ; Neuville 5 262 ; Saint-Avold 10 489, Carthage 2 840 ; Florence 4 402. Le nombre de soldats disparus est de 78 839.

Le 19 juillet 1960, à 15 h 30, le soleil brille sur Saint-Avold. Dix mille personnes environ assistent à cette inauguration organisée en grande pompe mais en l’absence du président de la République française Charles de Gaulle et du vice-président des USA Richard Nixon, tous deux excusés. Ces absences sont compensées par la présence du ministre des anciens combattants, Raymond Triboulet, par le haut-commissaire pour l’Allemagne John MacCloy (représentant le général Eisenhower) et l’ambassadeur des États-Unis en France Amory Houghton. Le capitaine Peter J. Duran, officier de la base de Toul-Rosières (54), la base militaire US la plus proche de Saint-Avold, est responsable de l’organisation de la cérémonie. Il faut prévoir des estrades pour les personnalités et la presse, l’aménagement de parkings, l’installation de micros et haut-parleurs. Le service des transports met à disposition des invités US autobus et voitures officielles. Pour l’occasion, un détachement des troupes américaines, le drapeau et sa garde se déplacent de Toul. La garde d’honneur, le peloton de tir et les couleurs sont issus de la Force aérienne, de l’Armée et de la Marine militaire des Etats-Unis. Participe aussi l’orchestre de la 17e Force aérienne.


60 % des corps rapatriés aux États-Unis

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les familles de soldats et aviateurs américains ont le choix de demander le rapatriement aux États-Unis, de leur fils, époux, frère ou cousin mort aux combats ou de le laisser reposer en terres lorraines. Aux USA, le malheureux soldat est alors enterré dans un cimetière national ou privé. Mais avant cela, les corps exhumés sont traités individuellement, nettoyés et embaumés. Une plaque au poignet de la dépouille et d’autres fixées au cercueil de fonte alu permettent son identification. Recouvert du drapeau américain, le cercueil et acheminé vers les ports d’embarquement belge, français ou néerlandais via des wagons SNCF plombés. 

Déplacement des cercueils vers le nouveau cimetière ou pour un rapatriement vers les États-Unis

Déplacement des cercueils vers le nouveau cimetière ou pour un rapatriement vers les États-Unis

Le transfert et les frais d’obsèques dans un cimetière national US sont pris en charge par le gouvernement américain. De l’ordre de 565 dollars par corps. Par contre, si la famille opte pour une inhumation dans un carré privé, les frais de funérailles et pierre tombale sont à sa charge. L’enterrement des corps au nouveau cimetière américain de Saint-Avold n’échappe pas à un protocole. Le cercueil est accompagné d’un peloton militaire, béni par un chapelain. Le drapeau US qui recouvre la caisse de protection est ensuite envoyé aux proches du défunt.

Sources : Le cimetière américain de Saint-Avold, ouvrage de Pascal Flaus, directeur des Archives municipales de Saint-Avold et président de la Société d’histoire du Pays naborien.


Deux Hawaïens à Saint-Avold

Parmi les quelque 10 000 dépouilles reposant à Saint-Avold figurent deux frères d’origine japonaise : John et Victor Akimoto, morts au champ d’honneur en 1944. Pour que leur famille ne soit pas expatriée, ils s’étaient engagés au 100e Bataillon d’infanterie constitué d’Américains et d’Hawaïens et dépendant de la 7e Armée commandée par le général Mark Clark. Ils ont participé aux combats pour la libération de l’Italie avant de se battre en France et d’y laisser leur vie. En avril 1977, John Tsukano, ancien combattant du même bataillon, de passage à Saint-Avold, a rendu hommage à ses deux camarades en déposant une gerbe au pied de leurs tombes en présence de MM. De Guisti et Puckett, respectivement superintendant et adjoint au cimetière militaire américain.


Cinq Indiens kiowas au milieu des tombes

Le 24 avril 1996, Gus Palmer, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et chef de la tribu des Kiowas, a fait le déplacement d’Oklahoma à Saint-Avold pour se recueillir sur la tombe de son frère Lyndreth, tué en 1944. Accompagné de sa famille habillée en tenue d’apparat, le chef indien a eu aussi une pensée pour les quelque 45 000 Indiens d’Amérique, engagés, eux-aussi, dans les forces alliées du Débarquement. Un fait historique trop méconnu.

Gus Palmer, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et le chef de la tribu des Kiowas

Gus Palmer, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et le chef de la tribu des Kiowas


Record de fréquentation à la nécropole

L’année 1978 connaît un « afflux sans précédent » de visiteurs « dans le plus grand cimetière américain de la Seconde Guerre mondiale en Europe » titre la presse. Trente-trois ans après l’armistice, le nombre de visiteurs à la nécropole ne fait qu’augmenter d’année en année pour atteindre 130 000. Les touristes viennent de toutes les régions de France mais aussi de Russie, d’Angleterre, du Canada, de Pologne, Sicile, Allemagne. En progression aussi les familles venues des USA (300 au 30 septembre 1978), les associations d’anciens combattants allemands et américains ayant notamment appartenus aux 100e division, 28e division ou encore 702e blindée. Les années ont passé. Les vétérans US ont vieilli. Le nombre de touristes a faibli. « Depuis 2001, depuis les attentats du 11-Septembre aux États-Unis, les militaires américains basés à Ramstein en Allemagne ne viennent quasiment plus aux cérémonies du Memorial day, constate Jean-Pascal Schobert, président de l’association France-Etats-Unis Lorraine. Aujourd’hui, les familles américaines sont de moins en moins nombreuses à venir se recueillir sur la tombe de leur parent enterré au cimetière américain. Ce sont les grands-pères qui sont enterrés dans cette nécropole. Demain, ils deviendront les arrière-grands-pères. Qui se souviendra d’eux ? À nous de faire en sorte que les futures générations n’oublient pas ce qu’ont fait ces héros de la libération de la France. »


Marius Trésor et les footballeurs marseillais

Le livre d’or du cimetière américain de Saint-Avold porte aussi les signatures du footballeur international professionnel Marius Trésor et de ses coéquipiers de l’Olympique Marseille venus disputer un match amical contre Merlebach. Nous sommes alors à l’été 1977. Steven Spielberg serait également venu en repérage pour son film de 1998, Il faut sauver le soldat Ryan. Le site naborien n’a pas eu les faveurs du célèbre réalisateur et producteur de films américains.

Par contre, aucun président de la République française n’y a mis les pieds…

Au grand dam de Jean-Pascal Schobert, président de l’association France-États-Unis Lorraine qui gère notamment les parrainages de tombes, aucun président de la République française n’a mis les pieds au cimetière militaire américain de Saint-Avold. Et ce n’est pas faute de leur écrire chaque année. Aux anciens présidents comme à l’actuel. « Je les invite à devenir le premier chef d’Etat à fouler les allées du cimetière. J’ai même écrit à Barack Obama et à Donald Trump. Je leur montre même le chemin puisque nous sommes à un quart d’heure en hélicoptère de la base aérienne de Ramstein en Allemagne ! », fait-il savoir.


Le mémorial menacé par la corrosion

Au début des années 80, l’imposante chapelle mémorial, victime de corrosion et dégradations, a dû faire l’objet de travaux. Ainsi, les pierres des façades, préalablement poncées et lavées, ont été imprégnées d’un produit à base de silicone. Le mur des Disparus a subi le même traitement lui assurant ainsi un film protecteur.   


Visite d’anciens SS au cimetière US

En septembre 1985, l’annonce d’une rencontre, au cimetière de Saint-Avold, entre des anciens de la 6e compagnie SS de chasseurs alpins et des vétérans américains de la Seconde Guerre mondiale a semé le trouble auprès d’organisations d’anciens résistants au régime hitlérien, communautés juives, survivants de camps de la mort mais aussi au sein du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.

« Nous ne tolérons pas que d’anciens nostalgiques d’une idéologie qui a engendré de telles horreurs aient droit de cité au cimetière militaire américain et nous nous y opposerons par tous les moyens », prévenait alors le MRAP.

Commémoration de la déportation des Juifs au cimetière militaire américain de saint-Avold en 1985

Commémoration de la déportation des Juifs au cimetière militaire américain de saint-Avold en 1985

Le maire de Saint-Avold François Harter et le conseiller général André Berthol estimaient que la venue d’anciens Waffen SS serait « inopportune, inconvenante » voire « serait une provocation ». Sous la pression, les vétérans américains ont finalement annulé ce rendez-vous. Pour eux, il s’agissait « avant tout d’une amitié marquée depuis une dizaine d’années par des rencontres annuelles régulières sans aucune motivation politique ».


Une plaque : une première

Le 6 septembre 1986, une plaque du 18e Régiment de chasseurs à cheval a été apposée au cimetière militaire US. Une première ! Elle rappelle le départ de ce régiment le 21 août 1939 pour prendre position à la frontière allemande. Elle est aussi un signe de gratitude envers les compagnons d’armes américains qui ont péri pour la liberté et reposent maintenant dans leur ancien terrain de manœuvre.


Dans le Doubs,
le cimetière oublié de Saint-Juan


Au lendemain de la guerre, des cimetières provisoires sont établis dans toutes les zones de combat pour prévoir un lieu sûr afin d’y enterrer rapidement les soldats morts, jusqu’à ce que les activités de combat aient été formellement déclarées finies.

L'armée survole la Lorraine et la Franche-Comté à la recherche de lieux pouvant accueillir les dépouilles des soldats. Le parc du château de Saint-Juan, une commune qui compte alors 216 habitants à 30 kilomètres à l'est de Besançon, est de ceux-ci. Dans les 5 hectares du parc, un cimetière est établi, le 10 septembre 1944.

À la tête de chaque sépulture, l’identité du militaire est provisoirement indiquée sur une pièce de bois, qui plus tard sera remplacée par une croix ou l’étoile de David selon la religion des défunts.

Les tombes allemandes, creusées un peu à l’écart, seront signalées par une borne d’identification.

Dans le parc du château, reposeront les corps de 987 Américains et de 736 Allemands. 3 divisions américaines ont opéré en Franche-Comté avec d’autres unités de chars, d’aviation. Elles faisaient partie de la 7e armée américaine qui a débarqué en première vague le 15 août 1944 en Provence. À elles seules, ces trois unités ont perdu entre novembre 1942 (débarquement au Maroc et en Algérie) en Tunisie-Italie-France et Allemagne, jusqu’au 8 mai 1945, 11 600 personnes. 48 000 soldats ont été blessés.

Beaucoup ont été inhumés ici à Saint-Juan. Pourtant, à la fin de la guerre, en décembre 1947, il est décidé que le cimetière serait fermé. L'armée américaine propose alors aux familles de rapatrier le corps des soldats aux pays ou de les laisser reposer en France. Dès mars 1948, les corps devront être exhumés et transférés dans d’autres lieux. 621 corps sont rapatriés en sont transférés outre-Atlantique. 336 autres sont transférés au cimetière d'Epinal-Dinozé, l'un des cinq cimetières militaires commémorant l'implication des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale en France.


Freddie Stowers
Le héro du cimetière militaire
de Romagne-sous-Montfaucon


Freddie Stowers,
le héros du
cimetière de Romagne

On entre dans le « World War I Meuse-Argonne American Cemetery and Memorial » de Romagne-sous-Montfaucon comme on pénètre dans un sanctuaire, avec respect et humilité. Dans le calme de ce cimetière militaire américain de 52 hectares, niché en pleine campagne au nord du département de la Meuse, reposent des soldats Américains morts, pour la plupart, durant l’offensive de Meuse-Argonne qui s’est déroulée entre le 26 septembre et le 11 novembre 1918. Offensive qui précipita l’armée allemande dans la défaite. La nécropole de Romagne-sous-Montfaucon recueille le plus grand nombre de dépouilles de soldats américains morts sur le sol européen.

Parmi tous ces soldats se trouve le caporal Freddie Stowers. Les lettres d’or gravées sur la croix de marbre signalent qu’il est titulaire de la « Medal of Honor ». Il est le seul soldat noir américain à avoir reçu la plus haute distinction militaire américaine durant la Grande Guerre.

Petit-fils d’un esclave, Freddie Stowers né en Caroline du Sud en 1896 est caporal au 371e d’Infanterie US qui combat sous commandement français. En effet, son unité a été rattachée à la 157e Division d’Infanterie française, dite de « la Main Rouge ». Le 28 septembre, au tout début de l’offensive de Meuse-Argonne, Stowers combat avec son unité dans les Ardennes. Sa compagnie se lance à l’assaut de la Côte 188. Le combat fait rage, son lieutenant est tué mais Freddie Stowers ne perd pas courage, rassemble les hommes et continue le combat. Un nid de mitrailleuse est réduit, mais une rafale le touche une première fois. Qu’importe, il poursuit sa progression quand un second tir l’arrête. Mourant, perdant abondamment son sanf, il exhorte ses camarades de continuer avec de décéder sur le territoire de la commune d’Ardeuil-et-Montfauxelles.

Malgré sa bravoure et son héroïsme exceptionnels ainsi qu’une proposition pour la Medal of Honor à titre posthume, rien n’aboutit. Il faut attendre… le 24 avril 1991, soit près de 73 ans après, et la présidence de George Bush père pour que cette distinction lui soit accordée. La « Medal of Honor » fut remise à ses deux sœurs encore vivantes, Mary et Georgina, lors d’une cérémonie à la Maison Blanche.


A Epinal-Dinozé, le cimetière américain
fait vivre la mémoire de ses "guys"


120 kilomètres plus au Nord, le cimetière américain d'Epinal-Dinozé profite de l’incroyable dynamique lancée depuis 2014 par l’association US Memory Grand Est, basée à Epinal. Les bénévoles de l’association mettent tout en œuvre pour promouvoir la mémoire de ces "guys", notamment à travers le parrainage des tombes.

Ils sont des centaines. Simples particuliers, communes ou établissements scolaires à parrainer depuis 2014 une tombe au sein du cimetière américain de Dinozé, situé sur les hauteurs de la vallée de la Moselle aux portes d’Epinal. Grâce notamment à l’action de l’association « US Memory Grand Est" fondée à Epinal en 2014 par Jocelyne Papelard-Brescia qui a déployé beaucoup d’énergie et de cœur pendant toutes ces années pour retrouver le fil de la vie de ces "guys". Des hommes très jeunes qui sont souvent morts au front sans avoir atteint leurs vingt ans. De l’autre côté de l’Atlantique, ils ont laissé des familles dans la peine, dont les descendants viennent souvent en pèlerinage dans les Vosges et à Dinozé. Grâce notamment à l’action des parrains, une partie des tombes est toujours fleurie.

5250 militaires américains tombés au combat reposent dans le cimetière militaire du Quéquement. C’est une oasis de verdure entretenue par une dizaine de jardiniers dévoués qui accueille le visiteur sur plus de vingt hectares. Un petit bout d’Amérique en plein cœur des Vosges. Les pierres tombales en marbre blanc s’étalent à perte de vue de façon géométrique sur un gazon impeccable. La clairière est cernée d’arbres, dont certains vraiment majestueux valent le détour. Le mémorial a été officiellement inauguré onze ans après la fin de la guerre en 1956. Sur un mur figurent les noms de 424 soldats américains portés disparus pendant la seconde Guerre mondiale, et le cimetière comporte encore une soixantaine de tombes de soldats inconnus. 

Plusieurs actions emblématiques ont été menées ces dernières années au Quéquement, comme ces 4000 coquelicots en feutrine fabriqués par les bénévoles,  qui sont venus fleurir les lieux en novembre 2018 en hommage aux soldats.


Textes : Odile Boutserin, Katrin Tluczykont,
Paul-Henri Piotrowski, Frédéric Plancard, Cécile Roux

Photos : Daniel Guffanti, Franck Lallemand, Eric Thiébaut, Thierry Sanchis

Montage : Service Support ERV